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10 citations moins connues de Martin Luther King.

Aujourd’hui, au pays de Donald, c’est le Martin Luther King Day. Un jour férié dédié à l’auteur du célèbre discours I Have a Dream. J’ai choisi 10 phrases qui dérangent, qui compliquent le récit et politisent une figure que l’histoire officielle préfère lisser. Les relire aujourd’hui, ce n’est pas seulement rendre hommage à Martin Luther King. C’est accepter d’être, à notre tour, mis en cause par ce qu’il pensait réellement.

1. « Une émeute est le langage de ceux qu’on n’écoute pas. »

Discours : The Other America, 14 mars 1968, Grosse Pointe, Michigan

MLK prononce cette phrase dans un discours consacré aux inégalités structurelles en Amérique. Il ne justifie pas les émeutes mais il refuse de les réduire à un problème moral. Pour lui, l’émeute est avant tout un symptôme de plusieurs maux : chômage massif, ségrégation de fait, brutalités policières…. Cette phrase dénonce clairement l’échec des institutions à entendre une colère légitime, le fameux « cauchemar américain » que j’avais décrit ici.

2. « Le capitalisme a souvent laissé un fossé entre l’abondance indécente et la pauvreté criante. »

Livre : Where Do We Go from Here: Chaos or Community?, 1967

À la fin de sa vie, MLK comme Malcolm X d’ailleurs, commençait à élargit son combat au-delà des droits civiques pour s’attaquer aux structures économiques. C’est une critique frontale du système américain, qu’il juge incapable de produire justice et dignité sans correction radicale. Notez que cette critique du capitalisme n’a pas empêché son « élimination » par le KGB qui le jugeait trop modéré.

3. « Notre pouvoir scientifique a dépassé notre pouvoir spirituel. Nous avons des missiles guidés et des hommes désorientés. »

Livre : Strength to Love, 1963

Cette phrase provient de son recueil de sermons intitulé Strength to Love (La force d’aimer), publié en 1963. Le pasteur écrit cela en pleine Guerre froide, dans un contexte de course aux armements nucléaires. MLK ne critique pas la science en soi, mais l’absence de maturité morale qui accompagne le progrès technologique. Aujourd’hui, l’observation de ce décalage fait penser à l’expression « smart phones but dumb peoples » que l’on constate tout les jours sur les réseaux sociaux….

4. « Celui qui accepte passivement le mal est tout aussi impliqué que celui qui le commet. »

Texte : Stride Toward Freedom: The Montgomery Story, 1958

Elle est tirée de son premier ouvrage, Stride Toward Freedom: The Montgomery Story (Combats pour la liberté), publié en 1958. Dans ce texte fondateur, King dénonce la neutralité comme une forme de complicité. Il y développe une idée centrale : l’inaction face à l’injustice n’est pas neutre, elle est une forme de complicité. Cette phrase pose un principe moral exigeant, qui ne laisse aucun refuge confortable.

5. « Les Blancs modérés sont plus dévoués à l’ordre qu’à la justice. »

Texte : Letter from Birmingham Jail, 1963

Probablement l’une de ses phrases les plus dérangeantes. Voici le contexte. Cette fameuse lettre était adressée à huit pasteurs protestants et à un rabbin d’Alabama, tous Blancs, tous de bonne volonté, mais qui critiquaient « l’extrémisme » du pasteur. L’ alors jeune homme reproche à ces modérés de préférer une « paix négative » à une « vraie paix juste ». Là aussi cette critique reste actuelle et nous interpelle.

6. « Le silence de nos amis est plus blessant que les cris de nos ennemis. »

Texte : Letter from Birmingham Jail, 1963

Dans cette phrase, MLK exprime sa déception face à ceux qu’il considérait comme des alliés naturels. Le silence dans ce cas n’est pas une simple absence de parole mais un refus de prise de risque. Pour lui, l’hostilité déclarée est au moins honnête, l’inaction des proches, elle, est une trahison. Cette idée traverse toute sa pensée politique : le progrès dépend moins des adversaires que du courage des amis.

7. « Personne n’est libre tant que nous ne sommes pas tous libres. »

Source : formulation récurrente dans ses discours.

Cette phrase synthétise la vision complète de MLK. Elle ne relève pas d’un humanisme abstrait et béat mais d’un vrai constat politique. Le pasteur est convaincu qu’une société tolérant l’oppression finit toujours par fragiliser ses propres fondements démocratiques. La liberté n’est pas divisible et « le gentil prédicateur » qu’on a cru voir dans son appel à la non-violence le rappelle clairement.

8. « La vraie paix, ce n’est pas l’absence de tension, c’est la présence de justice. »

Texte : Letter from Birmingham Jail, 1963

Le jeune pasteur a formulé cette idée pour la première fois avec force en 1956, lors du boycott des bus de Montgomery. Pour MLK, la tension est parfois nécessaire : elle force la société à affronter ses contradictions. Il distingue clairement le concept de paix « négative » (calme, ordre, silence) à celle de paix « positive » : justice, égalité et droits réels. C’est une revendication du conflit non violent comme moteur du changement social.

9. « La liberté n’est jamais donnée volontairement par l’oppresseur ; elle doit être exigée par l’opprimé. »

Source : Letter from Birmingham Jail, 1963

On ne peut pas faire plus clair. Il affirme une vérité historique implacable : aucun groupe détenant un privilège ou un pouvoir ne l’abandonne de son plein gré. La liberté n’est pas un cadeau, c’est une conquête. Cette citation se rapproche des propos que pouvait tenir son « alter ego » Malcolm X avec la même radicalité.

10. « Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous périrons ensemble comme des idiots. »

Discours : Remaining Awake Through a Great Revolution, 31 mars 1968

Prononcée quelques jours avant sa mort, cette phrase résume la lucidité finale de Martin Luther King. Ni naïf et encore moins optimiste il propose une alternative nette, sans échappatoire. Coopérer ou disparaître. La solidarité ou le chaos. En 1968, le jeune pasteur pense déjà comme un homme du futur. S’il ne formule pas encore l’urgence écologique (à l’époque ce n’était pas un souci), il décrit un monde globalisé, interdépendant, incapable de tenir sans conscience collective. Plus de soixante ans plus tard, le choix reste inchangé et le  » dream » , lui, ne s’est pas encore réalisé.

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