5 (plus ou moins bonnes) RAISONS DE REGARDER IT IS WHAT IT IS.

Cam’ron et Ma$e réunis ? Je suis déjà conquis. Le « pause game », leur passé dans le basket, leur long conflit, leur mauvais goût….On ne m’a rien demandé mais je vous dis malgré tout ce que je pense de ce show. Sit Back. Relax.

  1. Une amitié faite de hauts et de bas

« C’est un beau roman, c’est une belle histoire » (word to Michel Fugain) qui démarre au début des années 90 à New York, dans le borough de Manhattan à Harlem. Mason Betha et Cameron Giles sont coéquipiers au sein de l’équipe des Manhattan Center Running Rams de East Harlem. Comme beaucoup de jeunes hommes de leurs âges ils rêvent de NBA et ont un excellent niveau. Ainsi en 92 les deux jouaient déjà un match de championnat PSAL (Public School Athletics League) au Madison Square Garden ! Ils ont d’ailleurs perdu ce match….

L’année suivante, les deux amis n’arrivent pas à s’adapter à la vie universitaire. Ils choisissent de se lancer dans le rap. Cam’ron devient « Killa Cam » et Ma$e « Murda Mase ». Ils rejoignent Herb Mc Gruff, Bloodshed (le cousin de Cam’ron) et le regretté Big L pour former le groupe Children Of The Corn. Herb Mc Gruff et surtout Big L sont les plus avancés du groupe. A l’époque il faut du budget (c’est à dire signer en major) pour payer les sessions studios et enregistrer de la musique. C’est ce dont va manquer le jeune groupe sans vraies structures. On trouve quelques freestyles (comme celui-ci chez Stretch & Bobbito) ou encore en 1995 une apparition de « Killa Cam » sur 8 Iz Enuff dans Lifestylez Ov Da Poor & Dangerous, le premier album de Big L. Très vite chacun des membres du groupe va poursuivre une carrière solo. Mase en rejoignant Bad Boy en 96 va prendre une autre dimension. Son feat avec le groupe 112 et Biggie Only You le catapulte au sommet du game. Il n’oublie pas son coéquipier Cam’ron et le présente au Notorious B.I.G. La légende dit que jeune harlemite après avoir improvisé aura une promesse de signature. Biggie va mourir assassiné il signera donc sur le label du meilleur ami de Big, Lance Un Riveira. Mase enregistre le single Horse & Carriage avec son camarade mais demande 40k pour apparaître dans le clip….Ce sera le début du froid entre les deux amis d’enfance.

1999. Ma$e alors au sommet de la gloire (Harlem World est 4X platine ) déclare qu’il se retire de la musique pour devenir pasteur. 2001. Il publie ses mémoires There’s a Light After the Lime et revient trois ans plus tard avec le le décevant album Welcome Back.

Pendant 20 ans les deux amis d’enfance vont s’ignorer, s’insulter par interviews ou morceaux interposés (Take Em To Church de Cam’ron en 2004, The Oracle en 2017 où Ma$e accuse Cam’ron d’avoir couché avec sa soeur…) et…Se retrouver. C’est en août 2022, qu’ils vont enfin enterrer la hache de guerre. Lors d’une interview dans le podcast de Gillie Da Kid Million Dollaz Worth Of Game, Ma$e va reconnaître ses torts. Très vite, ils vont tourner un clip, vouloir monter une tournée, faire l’Apollo Theatre à Harlem et finalement monter un talk show de sport sur youtube : It Is What It Is.

2. Un « format sport » à l’opposé des podcasts de rappeurs.

Drink Champs de N.O.R.E , Joe Budden Podcast de Joe Budden, Kitchen Talk de Maino, People’s Party de Talib Kweli, My Expert’s Opinion de Matt Hoffa, Million Dollaz Worth Of Game de Gillie Da Kid, Expeditiously de T.I, (Re) Session de Jeezy, The Travelers de Brother Ali…. Ces derniers temps les rappeurs américains sont tous atteints de la « podcastite aigüe » ! Excepté Brother Ali, NORE, qui enivre ses invités et Joe Budden uniquement flanqué de co-hosts, tous ne proposent que des interviews basiques. Cam’ron aurait pu très bien le faire. Il est un MC de qualité connu pour sa personnalité « bigger than life » et son sens de l’humour ravageur. Il a choisi un format talk show de sport très courant à la télévision américaine. Le set up est simple : deux commentateurs en costume derrière un bureau, en général avec des points de vues bien tranché, une host qui partage la parole et on parle de l’actualité sportive. C’est ça It Is What It Is. Une heure de show, débridée ou Killa Cam et Murda Ma$e discutent de l’actualité sportive.

3. Politiquement « pas très correct »

Dans cette émission, Cam’ron fait la promotion de son nouveau hustle : Pink Horse Power. C’est un produit aphrodisiaque « naturel » qui traite les troubles de l’érection. On a donc droit à des spots publicitaires pas très fins mais bon…

Cam’ron et Ma$e aujourd’hui sont des business men assagis mais il y a encore un peu (beaucoup ?) de « hood » dans leurs interventions. Leurs commentaires sur les relations entre le joueur Jordan Poole des Warriors (aujourd’hui aux Wizards) et la rappeuse Ice Spice ou entre le phénomène Zion Williamson et la porn star Moriah Mills sont drôles mais peut-être un peu trop « brutales »…

Enfin il il y a le fameux « pause game ». Ce jeu aurait été inventé au début des années 90 dans le Jefferson Projects à East Harlem. La régle est simple : lorsqu’on dit quelque chose qui pourrait être considéré comme gay ou avec une connotation sexuelle il faut dire « pause ». Un exemple ? Ce serait trop dur. Et bien voilà : pause ! Oui, c’est aussi ridicule, puéril et drôle que cela ! J’ai honte mais voir ces deux grands gaillards de plus de 40 ans rire comme des bossus sur des tournures de phrases ambiguës, selon eux, me fait hurler de rire. Ces joutes verbales me rappellent les grands moments du Combat Jack Show (RIP Reggie Osse) avec Pause Deputy aka Premium Pete. Rassurez-vous, dans l’épisode avec Ice Cube, ils n’ont pas fait de pause game et dans le dernier épisode, Cam’ indique qu’il n’est pas homophobe. Il veut juste que « les choses soient claires ». L’explication pourrait être plus fine mais selon moi on comprend bien que c’est avant tout un jeu de gamins.

4. Ils vont refaire de la musique

Dès le mois d’avril, les deux harlemites avaient balancé GLH un morceau avec Jadakiss. Rien d’exceptionnel (Jadakiss n’a jamais mal rappé) à part le 16 mesures de MA-Dollar sign-E qui sans forcer sort du lot. Depuis le temps qu’on attend je rêve du projet idéal. Pour moi, ce serait un bon EP de 8 titres maximum. A la prod ? Heatmakerz et AraabMuzik. Pas trop d’invités sur cet EP : juste Juelz (regardez ICI son freestyle pour la marque Kith) , Fivio Foreign (signé sur le label de Ma$e) et peut-être Asap Ferg ? En attendant Cam’ a balancé le single It’s Only Money. Coïncidence c’est le même titre qu’une chanson des Diplomats sorti chez Kay Slay (RIP) il y a presque 20 ans. La première écoute m’a laissé un peu dubitatif…. La qualité de clip et les petits pas de danse raides (pause) de ce monsieur de 47 ans n’ont pas aidé. On est loin de l’aisance de Oh Boy ou de la nonchalance contrôlée dans The Roc (Jus Fire) ! Même son freestyle chez Funk Flex il y a un an avait plus de chien. Après plusieurs écoutes (quand on est fan, on veut kiffer malgré tout !) cela passe. Cam’ respire le rap, il devrait juste se prendre la tête un tout petit peu plus.

5. Le futur ?

La première saison d’It Is What it Is compte déjà 30 épisodes. Depuis le mois de mai chaque semaine Cameron Giles et Mason Betha ont répondus présent. Le show a eu des gros invités (Paul Pierce champion NBA avec les Boston Celtics, la légende Ice Cube, Brandon Marshall un ancien joueur de NFL…) une moyenne de 100k par épisodes et même un épisode à 1 million. Pour ce genre de contenu (1h de talk, sans vidéos, ni illustrations) c’est un tour de force. La saison 2 devrait démarrer en septembre. Cam et Ma$e vont-ils vendre leur show à un gros investisseur ? On n’espère pas. Pour info, l’aventure Verzuz (des deux grands Swizz et Timbo) une des plus récentes initiatives Hip-Hop a perdu sa pertinence après la vente au groupe Triller. Pire les deux compositeurs se sont plaints de n’avoir jamais reçu leur argent. Cam’ron lors de son passage fin mai chez FOX , a indiqué qu’il recevait déjà des sollicitations. Son attitude notamment dans le dernier épisode (il fume un joint sur le plateau et boit du champagne dans un red cup ! ) montre qu’il a envie de conserver son indépendance. Cam’ron et Ma$e, sans filtres, une heure par semaine. Cela fait 20 ans que j’attendais cela. Je suis prêt pour une nouvelle saison !

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Comments (

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  1. 5 POINTS POUR (vraiment) connaître SEAN COMBS. – LE BLACK ET LA PLUME

    […] de ses excès. Le rappeur Ma$e (signé chez Bad Boy de 1996 à 2004) dans son talk show sportif It Is What It Is a ainsi évoqué à demi mot avec humour le caractère toxique des relations de travail. Seuls […]

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