LE RAP FEMININ US (79-2005) pt 1

Et si on revenait sur la contribution des femmes dans le rap ? On ne m’a rien demandé, mais 50 ans du Hip Hop oblige, je vous propose quand même un récapitulatif de la présence féminine dans le rap US. Sit Back Relax.

Fin août, le magazine Billboard lançait l’alarme : les premiers mois de 2023 se sont écoulés sans qu’un seul morceau de rap n’atteigne la première place du top single aux États-Unis. Cela n’était plus arrivé depuis 23 ans ! Qui « sauve » le rap US de cette léthargie ? Des femmes ! Doja Cat et son titre Paint The Town Red arrivent cette semaine en première place. Cardi B et Meg Thee Stallion avec Bongos devraient, elles aussi, bien se positionner la semaine prochaine. Quel symbole ! Cela fait quelques années que le rap américain mainstream, un peu amorphe, peut compter sur l’énergie des rappeuses féminines.

Dès les débuts, le « sexe dit faible » est bien représenté derrière le micro. À la fin des années 70, le groupe Sequence (le groupe d’Angie Stone!), Sha-Rock (une des membres des Funky Four Plus One) ou encore Sparky D sont des « forces vives » du mouvement. Le premier succès populaire d’une « female MC », comme ils disent là-bas, remonte à 1984. Lolita Shanté Gooden, une MC de 14 ans de Queensbridge dans le Queens, va mettre le feu aux poudres avec le titre Roxanne Revenge. Roxanne Shanté, épaulée par le grand Marley Marl, répond au populaire titre Roxanne, Roxanne du groupe UTFO et provoque une cascade de réponses. (Regardez sur Netflix le film sur sa vie) Ce succès va encore plus encourager les jeunes filles à prendre le micro et surtout prouver aux majors que les femmes peuvent créer du buzz.

LE PREMIER AGE D’OR DU RAP FEMININ

A la fin des 80 et au début des années 90, les sorties d’albums s’enchaînent pour les femmes. Le groupe Salt-N-Pepa porté par le tube Push It arrive avec Hot Cool & Vicious en 1986. MC Lyte sort Lyte As A Rock en 1988. Queen Latifah apparaît avec All Hail To The Queen en 1989. L’Anglaise Monie Love balance Down To Earth en 1990. La même année, Choice, une rappeuse de San Antonio dans le Texas, était en avance. Dans son single  “The Big Payback” (où elle clash entre autres Too Short) elle rappait déjà “Your boyfriend ate my pussy/ Now he’s kissin’ on you.” 1990 ! Nikki D devient la première femme signée sur Def Jam en 1991. De plus, les pointures de l’époque intègrent des femmes dans leurs crews. Ainsi Yo Yo sur la west coast proche d’Ice Cube sort son premier album, Public Enemy à l’époque au sommet de sa gloire intègre Sister Souljah, Ms Melodie se fait entendre dans le légendaire Boogie Down Productions et enfin Lady Of Rage proche du Dogg Pound de Snoop Dogg apparaît déjà dans The Chronic en 1992 ! C’est selon moi, le premier « âge d’or » pour les femmes au micro. Toutes les sensibilités étaient représentées.

Le premier glissement arrive avec le projet de Da Brat. Oui, avant d’être une « star » de la télé-réalité, elle était un talent prometteur du rap. Formée par Jermaine Dupri (il lui écrit tous ses textes et en fait une « Snoop Dogg au féminin »), Da Brat devient la première artiste féminine solo à atteindre le million de disques vendus ! La donne va changer. Même si des artistes comme Paula Perry (« La queen de Fort Greene ») , la talentueuse Bahamadia de Philly, Queen Latifah, MC Lyte font encore de la résistance, elles ne sont plus dans « l’air du temps ». Sur la East Coast, la mode est au rap très « street » inspiré des films de gangsters de Mobb Deep, Biggie et Jay-Z. Il faut donc « créer » le pendant féminin du hustler, du dealer et du pimp : la « bad bitch ».

LA NAISSANCE DE LA « BAD BITCH »

C’est un créneau dans lequel s’engouffre tête la première Lil Kim et Foxy Brown. Ainsi, Lil Kim en 1996 dans « No Time«  récitait à côté de Puff Daddy : « Regarde maman monter et descendre sur ta b…, ma mâchoire fait le taf. » On le voit, ces quelques mesures n’ont rien à envier aux récents délicats poèmes des rappeuses actuelles. Foxy Brown alias Inga Marchand applique la même formule. Elle n’a que 17 ans et dès sa première apparition (l’iconique remix « I Shot Ya » de LL Cool J en 1995), son couplet et son attitude laissent peu de place à l’imagination : « Je b… sérieusement sans me protéger, je suis plein de maladies, les meufs prenez-vous les seins, choper ces mecs pour leur piquer leur oseille. » Tout un programme.

Parenthèse. Selon la journaliste américaine Starrene Rhett Rocque « Les textes obscènes sont une facette de l’histoire musicale Afro-américaine depuis des années ». La journaliste nous donne les exemples de la chanteuse de soul Millie Jackson (elle s’était fait connaître avec des titres comme Fuck You Symphony ou Slow Tongue ) ou du grand comique Richard Pryor père spirituel des Eddie Murphy et autres Chris Rock. Un autre artiste a marqué la jeunesse et inspiré des rappeurs comme Too $hort ou Snoop Dog : Blowfly. Lui était populaire dans les années 60 avec des chansons comme Suck My Dick, Porno Freak ou une reprise polissonne du classique d’Otis Redding : Shittin’ on the Dock of the Bay« Ces artistes étaient trash mais pas juste pour le plaisir d’être trash », clarifie Starrene Rhett Rocque. « Ils étaient amusants et il y avait encore de la valeur musicale en termes de son. Ils n’étaient pas en concurrence pour voir qui pouvaient dire la chose la plus abusée possible ! »

Loin de ces considérations, il reste un fait indéniable : l’Amérique valide ces textes qui vendent du sexe et de la violence. Lil Kim, comme Foxy ont les tenues vestimentaires et les poses suggestives dans leurs visuels qui accompagnent leurs « poésies ». Le résultat ? Hardcore le premier album de Lil Kim sort en 1996 est un immense succès commercial avec plus de deux millions d’albums vendus. Ill Nana de Foxy Brown ? Le million ! « Corporate America » comme ils disent valide aussi. Ainsi Foxy Brown en 1999 participera même à une campagne de publicité pour la marque Calvin Klein !

Face à ses succès et les millions de dollars qu’ils génèrent, beaucoup de structures jusqu’en 2005 vont chercher à recruter une « petite rappeuse délurée » pour en faire la « First Lady » de l’équipe. Cela donnera les Charli Baltimore en 1999. En 1999, Da Brat, qui rappait avec des vêtements larges, reviendra avec un décolleté plongeant ! Poe Boy Records sortira en 2004 la rappeuse Jacki O. Motown proposera la rappeuse Rasheeda. Le label Slip-N-Slide Records sort Trina et même Roc-A-Fella sortira l’album d’ A.M.I.L en 2000. Dieu merci, d’autres, notamment dans le Sud (Mia X du camp No Limit, Gangsta Boo de Triple Six Mafia), choisissent encore d’attirer l’attention uniquement grâce à leurs rimes. Même chose du côté du Flipmode Squad de Busta Rhymes qui sort le diamant brut Rah Digga, et du Ruff Ryder avec Eve dont on va parler plus bas.

LES « LICORNES« 

Les « licornes », pour moi, ce sont ces exceptions dans le rap féminin : des MC sans limites. Elles excellent dans le rap et chantent magnifiquement bien. Celles qui viennent directement à l’esprit ? Lauryn Hill et Missy Elliott, bien sûr ! Mais aussi la regrettée Left Eye du groupe TLC et Eve. Coïncidence ? Les quatre excellent aussi bien dans le chant que dans le rap (bien avant Drake….), ce qui leur permet de toucher évidemment un public plus grand et plus large.

Commençons avec Lauryn Noelle Hill. Dès ses premiers pas avec son groupe The Fugees au début des années 90, elle a prouvé qu’elle était une redoutable MC. Réécoutez Fu-Gee-La et l’aisance technique de Miss Hill qui, à l’époque, n’avait que 21 ans ! Pour preuve, lorsqu’il y a deux ans Nas l’a invitée sur le titre Nobody sans forcer, elle a encore éclaboussé de son talent le titre. Si The Score, le deuxième album du groupe, a dépassé les 5 millions d’exemplaires vendus, les gros singles (Ready Or Not, Killing Me Softly, Fu-Gee-La) où elle chante n’y sont pas pour rien. Aujourd’hui, avec le recul, on peut dire que le meilleur MC des Fugees était Lauryn !

L’autre artiste à part est Missy Elliott. Lorsqu’elle était membre du groupe Sista (signé sur Swing Mob Records du grand Devante Swing) en 1994, (regardez ICI) Missy était déjà sur les deux terrains : rap et chant. Ensuite, de 1997 à 2005, cette artiste originaire de l’état de Virginie va sortir six albums qui seront toujours accompagnés de singles et de clips originaux ! En plus d’être une rappeuse talentueuse, Missy écrit et produit (Janet Jackson, Aaliyah, Mary J.Blige, Beyoncé, Angie Stone, Keyshia Cole, Ciara…) pour les plus grands et rappe aux côtés de Jay-Z, Wyclef Jean, Ghostface…. sans aucun problème. Reconnaissance ultime lorsque les fans évoquaient un Verzuz pour trouver un adversaire face à l’immense Busta Rhymes, un seul nom était évoqué : Missy « Misdemeanor » Elliott. Enfin, dans une moindre mesure, la regrettée Left Eye du groupe TLC et Eve étaient parmi les rares à l’aise aussi bien dans le chant que dans le rap.

LA SEMAINE PROCHAINE, NE MANQUEZ PAS NOTRE SECONDE PARTIE ! Nous nous plongerons dans l’arrivée de deux superstars : Nicki Minaj et. Cardi B.

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  1. La longévité dans le rap. The Clipse, l’exception qui confirme la règle ? – LE BLACK ET LA PLUME

    […] la discographie de Too $hort.D’autres figures majeures, comme la criminellement sous-estimée Queen Latifah (un Grammy, un Emmy et un Golden Globe à la ceinture) , Ice Cube, Ice-T, Will Smith ou LL Cool J, […]

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