The Last Dance est une série documentaire en dix épisodes sur la saison 1997-1998 de Jordan et des Bulls. Son accent, son absence de prise de position, sa relation avec Isiah Thomas, la bande originale…On ne m’a rien demandé mais je vous dis quand même ce que j’en ai pensé. En dix points.

  1. C’est un documentaire sur Jordan…Et les Bulls.

The Last Dance est une plongée dans la dernière saison de Michael Jordan avec le maillot des Bulls sur le dos. Dans les vestiaires, sur le banc, sur le terrain, dans le bus, dans l’avion…Les équipes de NBA Entertainement ont empiler 500 heures d’images d’archives inédites. Pendant vingt ans MJ va catégoriquement refuser que ces images soient exploitées. Il y a quatre ans deux points vont le faire changer d’avis. D’abord la proposition du producteur Mike Tollin de réaliser le documentaire en dix épisodes. La structure de monsieur Tollin, Mandalay Sports, sait y faire : elle est derrière notamment l’excellent documentaire sur Allen Iverson. D’ailleurs, Tollin a confié, lors d’une interview à la radio sport de Philadephie 94WIP Sports Radio,que lors de son pitch à Jordan cela a été déterminant car selon lui « Jordan adore Iverson » . Il y a le deuxième point, déterminant selon moi. En 2016, le basketteur Lebron James vient de réaliser des exploits individuels incroyables pour ramener un titre national à sa ville de Cleveland qui en était privé depuis 52 ans. L’Amérique entière célèbre le « kid d’Akron » et son incroyable trajectoire. Certains médias ont même commencé les comparaisons avec l’alors intouchable Michael Jordan… Mike Tollin est convaincu que cela a joué sur la décision de Jordan de rafraîchir des mémoires. Le prochain sacre de Lebron dans ces Finals risque de lui donner des idées…

2. Jordan est un gars de Wilmington en Caroline Du Nord.

A l’époque où je suivais les exploits de Jordan, il n’y avait pour mes amis et moi que les magazines 5 Majeur et Mondial Basket (If you know, you know…) et les cassettes VHS des matchs pour étancher notre soif de fans. Ici, dès les premières minutes de The Last Dance sa voix et son accent m’ont interpellé. Cela « saute aux oreilles » : Michael Jordan est avant tout un enfant de Wilmington, une petite ville de 100 000 habitants en Caroline du Nord. Dans quelques interviews, son discours en 2009 lors de son entrée au Hall of Fame de la NBA ou récemment son émouvant discours aux funérailles de Kobe c’était plus léger. Là, sans filtre avec ses coéquipiers, aux abords du terrain les voyelles traînent un peu plus longtemps et les consonnes sont un peu plus « machouillés » . On a droit à la vraie gouaille de Michael Jeffrey Jordan.

3. Il est un compétiteur compulsif.

Jordan est un obsédé de la victoire. Apparemment il a toujours été comme ça : il veut gagner tout le temps. Pour paraphraser Magic Johnson, « il ne veut pas simplement gagner, il veut mettre son pied sur ta gorge. » BJ Armstrong son ancien coéquipier s’emballe dans une interview ? Charles Barkley ou Karl Malone gagnent le titre de MVP (Most Valuable Player) de la saison ? On le compare à Clyde Drexler l’ailier de Portland ? Un jeune joueur le chambre durant sa retraite ? Sa réaction est toujours la même : « It became personal for me » répète t-il comme un serial killer. Le problème est que MJ pouvait même devenir – je cite- «un sacré connard» également avec ses équipiers. Cela dépasse la chambrette avec le pauvre Scott Burrell devenu son souffre douleur pour parfois en venir aux mains avec Steve Kerr. Son explication ? « Tu ne peux pas comprendre parce que tu n’as jamais rien gagné. » Wow. Voir ce monsieur de 57 ans, au bord des larmes lorsqu’il évoque son envie de gagner à tout prix est fascinant.Ou effrayant.

4. Aucune prise de position politique.

Un des principal reproche adressé à Michael Jordan est son absence publique d’engagement politique. Il en parle dans ce docu et c’est honnête. MJ revient d’abord sur cette phrase qu’on lui a attribué d’un cynisme absolu : « les républicains achètent aussi des sneakers ». Il reconnaît avoir prononcé ces mots mais explique-t-il « je l’ai dite en blaguant dans un bus avec Horace Grant et Scottie Pippen. » Hum. Il revient aussi sur son refus en 1990 de soutenir le candidat démocrate noir Harvey Gantt dans la course sénatoriale en Caroline du Nord contre le républicain Jesse Helms, connu pour ses positions racistes. « Il ne s’est jamais considéré comme un activiste », dit-il. Soit. Dommage mais c’est sa conviction. A son corps défendant, il n’était pas le seul. Ainsi l’ancien joueur des Bulls Craig Hodges (lisez son excellent portrait dans The Gardian ici) raconte qu’après le passage à tabac de Rodney King par la police de LA il voulait organiser un boycott des Finals 91. Il proposera l’idée à Michael Jordan et Magic Johnson : les deux refuseront. Autre exemple, après avoir gagné 20 000 dollars au concours de tirs à trois points au All-Star week-end Craig Hodges propose à ses coéquipiers de mettre la main à la poche pour aider les quartiers pauvres de Chicago : ils refuseront tous. La NBA du début des années 90 n’était pas la ligue actuelle où les joueurs sont parmi les plus « libres » des sports professionnels aux USA. A l’époque, il n’y avait pas de coachs, ni de propriétaires Noirs. Cela n’excuse pas Jordan (quand on voit dans le docu le zèle et la détermination qu’il met à cacher le logo Reebok parce qu’il est chez Nike, c’est presque gênant) mais cela permet de relativiser. Il semble qu’aujourd’hui, le positionnement de MJ a un peu changé. MJ a une position unique à plusieurs égards dans la NBA : il est propriétaire noir et ancien joueur. Lorsque mercredi 26 août, les joueurs des Milwaukee Bucks, refusent de monter sur le parquet (suite à la fusillade de Jacob Blake, un jeune homme noir de 29 ans) il est chargé de conduire les négociations entre les joueurs et la NBA. Selon la journaliste Taylor Rooks, Jordan aurait démarré les négociations en indiquant qu’il parlait d’abord en tant qu’homme noir. Les mauvaises langues diront que l’apolitisme éhonté de Jordan s’est aujourd’hui transformé en un opportunisme assumé. En effet son appartenance à l’élite économique peut être vu comme un obstacle au développement de positions critiques. Cela ne signifie pas pour autant que la récente grève puisse être reléguée au rang d’action purement symbolique. Avec l’aide de MJ l’installation d’un rapport de force entre (certains) joueurs, la ligue et les propriétaires représente une étape significative dans l’émancipation des sportifs de haut niveau.

5. Son côté obscur.

Au fil des témoignages de The Last Dance on voit assez clairement que Michael Jordan est une personne « intense »…. Craig Hodges cité plus haut en a fait les frais. L’ancien joueur des Bulls, dans un article du The New York Times condamnait le racisme en NBA et surtout le silence de Jordan sur ces questions. Très grave erreur… 25 jours après, Chicago devient champion pour la deuxième année consécutive mais le contrat de Hodges ne sera pas renouvelé. Encore aujourd’hui il est convaincu que Jordan et son tout-puissant agent David Falk, l’ont poussé vers la sortie. Curieusement il n’en parle pas dans le docu…En revanche, Jordan revient avec beaucoup de détails sur les nombreuses accusations concernant son addiction aux paris. Au golf, au poker avec ses coéquipiers au lancer de pièces (!!) avec les agents de sécurité de l’United Center…. Jordan pariait tout le temps. Il se justifie par « je n’ai pas un problème pari, j’ai un problème de compétitivité »…. C’est une réponse d’addict mais bon…Autre élément assez dérangeant est la façon dont le docu dépeint l’ancien General Manager des Bulls Jerry Krause. Critiquer son management, très contestable est une chose mais pourquoi avoir par exemple gardé les blagues sur son physique ? D’autant plus que le pauvre homme est mort en 2017 et laisse une femme et des enfants. Pas très classe.

6. La bande originale.

A plusieurs moments dans ce documentaire la bande originale m’a vraiment donné des frissons. I’m Bad de LL dans l’épisode 2, The Choice Is Yours de Black Sheep dans l’épisode 5, Down With The King de RUN-DMC….Il faut saluer le travail du « musical supervisor » Rudy Chung. Merci Rudy pour avoir dépoussiéré Sur le Boulevard du Rythmn’Funky de Soon E MC ! Cela fait d’autant plus plaisir d’entendre ses morceaux car il est de notoriété publique que MJ exècre le rap. J’avais parlé à l’époque ici de sa rencontre avec le rappeur Chamillionaire. Il y a quatre ans le rappeur du Queens N.O.R.E racontait une autre anecdote hilarante sur MJ et sa haine viscérale du rap.

7. Un homme seul.

The Last Dance est aussi un docu qui permet de comprendre et surtout contextualise le statut Michael Jordan aux Etats-Unis durant les années 1990. Spécialement l’épisode 6 où dès les premières minutes on le voit répéter ad nauseum un slogan publicitaire alors que l’on voit clairement qu’il est blasé. La notoriété, avoir les nombreux faits et gestes constamment épiés, finalement MJ n’est jamais vraiment seul. « Beaucoup aimeraient être Michael Jordan une journée ou une semaine, mais je crois qu’ils ne comprennent pas que ce n’est pas marrant. Qu’ils essaient donc d’être Michael Jordan une année entière. » On voit très bien à quel point Jordan était une star constamment sollicité en interview, par les fans, ses sponsors et surtout sur le terrain. Le public payait très cher pour le voir et adversaires faisaient tout pour le faire tomber de son piédestal. Cela explique peut-être le refuge dans les paris compulsifs….

8. Un joueur d’exception.

C’est une évidence mais Jordan était fort. Il l’était dans tout les compartiments du jeux. En défense (il a été neuf fois dans la Defensive Team de la saison et trois fois meilleur intercepteur de la saison), en attaque (dix fois meilleur marqueur) et surtout spectaculaire. Les dunks, ses ballets de lay up, de fade away shoot, son équilibre dans les airs sont des œuvres d’art.

9. #JeSuisIsiahThomas

Tout au long du docu, on voit Michael Jordan défier Magic Johnson et Larry Bird, sous-estimer Clyde Drexler, se moquer de Gary Payton, utiliser Charles Barkley et Karl Malone pour se motiver, démolir Byron Russel, ignorer John Starks (Justin Timberlake et Nas sont dans le documentaire et pas John Starks ?) et reconnaître du bout des lèvres le talent de Reggie Miller et des Pacers. On se rend compte qu’ il y a une personne que Jordan déteste plus que Jerry Krause qui n’est pourtant jamais épargné : le génial meneur des Pistons Isiah Thomas. C’est presque normal, tout les oppose ! Isiah Thomas et né à grandi dans le westside de Chicago, Jordan, on l’a dit plus haut est un « country boy ». Thomas, petit, brillant mais teigneux a été longtemps président de l’association des joueurs NBA (mal vu par les instances de la ligue) et capitaine des Bad Boys de Detroit, donc pas très bien vu par les médias. Jordan lui, était la star souriante qu’adorait la presse. Le divorce entre les deux hommes aura lieu en 1991. Les Bulls battent enfin les Pistons de Detroit en playoffs après trois années d’échecs cuisants. Isiah Thomas et son équipe, à l’époque champions en titre sont blessés dans leurs egos. Les joueurs quittent directement le terrain sans saluer leurs adversaires. Pas du tout fair play et cela (curieusement) Jordan ne le tolère pas. Le capitaine Isiah Thomas tente de se justifier dans le docu et Jordan en regardant son fameux Ipad l’insulte de « asshole ».Cela s’est toléré. Dans l’épisode 5 lorsqu’on lui demande s’il est impliqué dans la non selection d’Isiah dans la Dream Team il enfonce le clou: «Je respecte le talent d’Isiah Thomas. Pour moi, le meilleur meneur de tous les temps est Magic Johnson et juste derrière lui, il y a Isiah Thomas. Peu importe combien je le déteste, je respecte son jeu. » C’est le seul « compliment » pour un autre joueur que MJ adresse dans The Last Dance. Isiah Thomas peut être fier de lui.

10. Michael Jordan est un personnage d’exception.

Michael Jeffrey Jordan aujourd’hui est multi-milliardaire (le premier joueur NBA à atteindre ce statut), propriétaire d’un club (les Hornets de Charlotte) et contrôle entièrement son image. Il n’est pas sur Twitter, ni sur Instagram et ne dois pas savoir ce qu’est TikTok ! En revanche, lorsqu’il prend la parole c’est dans son documentaire, sur son équipe, posé dans un confortable fauteuil dans sa maison à Miami avec un cigare et un petit verre : un boss. Ce documentaire est une preuve de plus. MJ, même si on ne voit pas dans les crédits (probablement un oubli…) est co-producteur, par l’intermédiaire de sa société de production JUMP23 de The Last Dance. Le bonhomme est loin d’être un saint mais il reste un des rares sportifs ayant complètement transformé et influencé son équipe, augmenter la notoriété de son sport et fait évoluer le sport business.

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