L’année dernière Beyonce Giselle Knowles-Carter sortait son septième album The Lion King: The Gift . C’était la bande originale qui accompagnait la sortie du blockbuster Le Roi Lion. Ecrire que l’ accueil de ce projet était « mitigé » est un euphémisme. Aujourd’hui, quelques jours après la sortie de son projet Black Is King (même si on ne m’a rien demandé) je vous donne cinq raisons de réécouter ce projet.

  1. PARCE QUE çA N’A PAS BEAUCOUP VENDU.

The Lion King: The Gift  a l’époque a démarré à la seconde place du classement Billboard 200  avec 54 000 ventes. Aïe. Pour, info, le dernier projet solo de Beyoncé, Lemonade sorti en 2016 était arrivé en tête des charts américains avec plus de 650 000 albums vendus ! C’est simple : tous les projets solos de Queen Bey ont toujours atterri au sommet des classements. A part son cinquième album, l’éponyme Beyoncé, Queen Bey n’a jamais réalisé des énormes scores en première semaine d’exploitation, mais quand même…. Comment expliquer ces chiffres faméliques ? Pour certains le projet n’était pas bon. D’autres estimaient que Beyonce était « trop vieille » (37 ans) et « ne parlait plus à la nouvelle génération ». Peut-être… Selon moi, il manquait surtout sur ce projet ambitieux des visuels. Aujourd’hui, encore plus qu’hier, on n’écoute plus la musique : on la regarde. Ne proposer qu’un seul clip (Spirit ) et une poignée de posts instagram n’était pas à la hauteur de The Lion King : The Gift. Sans aucun doute le Black Is King va relancer l’intérêt et les streams sur ce projet. Cela me fait penser à cette phase de Hov dans « Renegade » Do you fools listen to music or do you just skim through it ?

2. PARCE QU’IL Y A UN COUPLET DE JAY-Z !

Dans cet album on retrouve des gros invités comme Childish Gambino, Pharrell, Kendrick, l’excellente Tierra Whack et surtout Jay-Z. Oui, Shawn Carter The Great balance un seize mesures sur le titre MOOD 4 EVA. Depuis Everything Is Love, sorti en 2018, on n’avait plus de quoi étancher notre soif de rimes fraîches. Shawn (rappelons-le, 50 ans et récemment milliardaire) ne nous a pas déçu. Ici, il est dans le registre « flossy » Jay millésime 2001-2002. Sur cette prod (du talentueux et sous-coté DanjaHandz ) enlevée qui sample une chanson d‘Oumou Sangaré, Jay est déchaîné. Dès les deux premières mesures « name drop » la suite Nelson Mandela de l’Hotel Saxon à Johannesbourg, son jet privé affrété par la marque Puma et se compare (en toute modestie) à Mansa Moussa, le richissime empereur du Mali du 14 ième siècle ! Il termine en mode « introspective Jay » avec une dédicace à Nipsey Hussle. ​ Soyons clairs, sur l’échelle du catalogue de Hov’ ce seize passe à peine la moyenne mais rappelons-le mesdames et messieurs : il a 50 ANS et MILLIARDAIRE. Selon moi, la contribution de Hov’ dans ce titre ne se limite pas à ce couplet. Les références (par exemple au basketteur Dikembe Mutombo) , des tournures de phrases ( Piña colada-in’, you stay Ramada Inn ) et finalement même l’ambiance festive de ce titre me laisse penser que Jay s’est impliqué au-delà de ces 16 mesures. Est-ce pour cela que c’est une de mes chansons favorites ?

3. PARCE QUE L’AFRIQUE EST DIGNEMENT (mais pas complètement) REPRÉSENTÉE.

Il y a d’abord, l’Afrique du Sud. On retrouve les superstars Busiswa et Moonchild Sanelly dans My Power. Bey a également enrôlé le jeune compositeur Bubele Booi et le bassiste Robert Magwenzi sur Find Your Way Back un de ses rares titres solo. Enfin elle a fait appel au jeune artiste Anatii (crédité comme auteur dans deux titres!) et au producteur DJ Lag qui, en moins de deux ans, est devenu une des figures majeures de la très prolifique scène « gqom » cette musique electro née à Durban. Ensuite le Ghana est représenté par sa star Shatta Wale et le compositeur Guilty Beatz présents sur trois titres dont l’excellent Keys To The Kingdom.

Des esprits chagrins se sont plaints dans une tribune de l’absence de représentants de pays d’Afrique de l’est alors que le film se déroule dans cette région. Hum. Doit-on rappeler à ces génies que Le Roi Lion est un dessin animé ? D’autant que Queen Bey sur Otherside termine la chanson en swahili, la langue principale d’Afrique de l’est. Maigre consolation me direz-vous, mais que doivent dire les artistes d’Afrique lusophone ? Et quid de l’Afrique francophone ? A part le Cameroun représenté par Salatiel, et Toumani Diabaté du Mali crédité dans une chanson c’est le néant ! Le Zaïre (aujourd’hui Congo) a régné très longtemps et sans partage sur la musique africaine (relisez et riez ICI), la Côte d’Ivoire aussi est absente… Au moins dans Black Is King Bey a travaillé avec de nombreux stylistes ivoiriens et sénégalaise. Mais entre temps un nouveau géant est arrivé…

4. PARCE QUE LE NIGERIA GAGNE !

Pensez ce que vous voulez de la qualité de la musique du Nigéria (« trop répétitive », du « dancehall africain », peu de messages…) mais aujourd’hui c’est la musique africaine qui s’exporte le mieux. Comme avec Nollywood, dans le cinéma, les nigérians se sont d’abord imposés chez eux, ensuite dans la sous-région, puis dans toute l’Afrique et maintenant aux Etats-Unis. Il y a déjà 8 ans l’artiste D’Bandj plaçait la barre très haute en rejoignant G.O.O.D Music de Kanye West. A l’époque Monsieur Kardashian était encore fréquentable…

L’homme derrière ce tour de maître ? L’impresario/ directeur artistique/ chanteur/hustler Abisagboola Oluseun alias “Bankulli” ! On retrouve ce monsieur dans The Lion King: The Gift D’ailleurs, il se chuchote que c’est Bankulli qui a piloté avec Derek Dixie, le directeur musical de Bey, ce projet. Dans The Lion : The Gift le Nigeria avec six artistes se paie la part du lion.(« Part du Lion », « Roi Lion »? Pas mal non ? Non. Ok…) Tekno, Wizkid, Burna Boy (qui a droit à son titre solo !), Tiwa Savage, Yemi Alade et Mr Eazi sont des stars avec déjà un rayonnement international. Par exemple, dès 2014 Drake s’invitait sur le tube Ojuelegba de Wizkid. Tiwa Savage est signée sur Roc Nation, Burna Boy était tête d’affiche de Coachella et Yemi Alade est la première artiste africaine à comptabiliser 1 million d’abonnés sur sa chaîne Youtube…. Derrière la console, Bankulli a également imposé des nigérians. On retrouve les compositeurs P2J, Northboi Oracle (l’homme derrière l’entêtant Soco de Wizkid) ou même l’auteur Michael Uzowuru proche de Odd Future. Ce projet de Beyoncé entérine le statut du Nigéria comme pays numéro un de la « pop music » en Afrique.

5. PARCE QUE C’EST UN POINT DE DÉPART POUR UNE CONVERSATION IMPORTANTE.

Beyoncé a l’époque décrivait ce projet comme « une lettre d‘amour à l’Afrique. » Evidemment cela fait ricaner. Il est vrai que c’est un amour très intéressé… Le streaming en Afrique a connu en 2018 une croissance (la plus rapide au monde) de 146% ! Ensuite, on l’a dit dans le point précédent, inviter en 2019 des artistes nigérians n’est pas une énorme prise de risque. Tout cela ne serait donc que du business? Oui, mais c’est très bien exécuté. Les studios Disney qui pèsent plus de 50 milliards de dollars ont fait appel à Beyoncé. Elle a choisi de collaborer (et PAYER) des artistes africains pour leur travail. N’est-ce pas une bonne chose ? Il est facile de se gausser en observant les Noirs Américains découvrir leurs racines africaines avec le film Black Panther ou lors du festival Afropunk. Facile aussi de se souvenir d’une époque (pas très lointaine) où ce n’était pas « cool » d’être africain aux Etats-Unis. D’ailleurs pour s’instruire sur ce sujet lisez ICI Examining the Social Distance Between Africans and African Americans: The Role of Internalized Racism une thèse très intéressante écrite par la psychologue nigériane Adaobi C. Iheduru.

Oui, les Noirs américains ne sont pas de « vrais » africains. (Quelle est la définition d’un « vrai africain » ? ça mérite un post ça…) Ils n’ont même pas accès à l’élément le plus évident de leurs identités : leurs vrais noms. Ils ont été arrachés à l’Afrique il y a quatre siècles. Arrivés aux Etats-Unis, ils ont subi entre autres joyeusetés l’esclavage, la ségrégation, le colorisme, les violences policières et les inégalités. Face à cela ils se sont battus et se sont « réinventés ». Alors si la main tendue passe par le biais de la culture et du business (peut-être maladroitement) pourquoi ne pas la saisir ? C’est au moins un point de départ. En France, le « deuxième marché du rap » (les guillemets sont très importants…) quels pont musicaux ont été construits vers l’Afrique ? Quels liens ont été noués avec les Antilles ? Par exemple où est le respect pour l’immense groupe Kassav ? On peut compter sur les doigts de la main des projets d’artistes majeurs ayant collaboré avec des artistes africains. De mémoire je pense à Mon Afrique de Mokobe, Itinéraire D’Un Enfant Bronzé de Disiz, les deux Bisso Na Bisso de Passi. Tourner des clips « au bled » , prendre une guitare congolaise, une rythmique ivoirienne ou utiliser sans vergogne des claviers de kompa n’est pas suffisant. Qui en France a mis la lumière (et je le rappelle de l’argent) sur plus d’une dizaine d’artistes (auteurs, chanteurs, compositeurs) africains ? Quand va -t-on respecter à sa juste valeur le patrimoine musical des caraïbes françaises ? Pourquoi le travail d’artistes comme James BKS (signé sur le label d’Idris Elba) n’est pas plus populaire en France ?

L’Afrique est à la mode. Beyoncé l’a compris et elle capitalise dessus. Va-t-on une nouvelle fois être spectateur, râler sur les réseaux sociaux puis finalement suivre dix ans plus tard ? Pour citer le poète contemporain JPzer : « je pense que la question elle est vite répondue »

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