JAŸ-Z : YANKEES STADIUM Live Report en 5 Points. (pt 1)

La semaine dernière, trois soirs de suite, Shawn Corey Carter a rempli le Yankee Stadium pour célébrer ses trente ans de carrière. Le 12 juillet, j’étais dans le Bronx pour la troisième date, celle baptisée « Extra Innings ». Même si on ne m’a rien demandé, voici mon compte-rendu. Sit Back Relax.

1. « On Ne Parle Pas d’âge » mais…..

Monsieur Shawn Corey Carter est né en 1969. Ce 4 décembre il fêtera ses 57 ans ! Savez-vous qui a le même âge ? Les icônes Big Daddy Kane , Kool G Rap et Ice Cube ! LL Cool J et Rakim n’ont « que » un an de plus lui. Aujourd’hui, ce n’est pas une injure de noter que la plupart des artistes de cette liste malgré leurs incroyables talents seraient incapables de remplir en solo une grande salle de concert aux Etats-Unis.

Comment ce fringant cinquantenaire (tout le monde aura remarqué qu’il a perdu du poids et …ses locs) parvient-il à remplir trois soirs de suite un stade de 45 000 places ? D’abord, sa carrière a démarré longtemps après eux. Shawn a sorti son premier album Reasonnable Doubt en 1996 à 27 ans., là où LL Cool J dès 1985 à 17 ans publiait Radio ! Même chose pour Rakim et Kane qui étaient des stars dés le milieu des années 80. Ensuite après le décès de BIG et Pac il s’est auto proclamé « Best Rapper Alive » et cela l’a positionné dans une catégorie à part. Enfin sa carrière est un modèle de constance : de 96 à 2003 il sortira un album par an.

Jaÿ-Z a construit un sacré catalogue de 13 albums solos dont au moins deux classiques. Résultat ? Il remplit. Pas une salle. Pas une arena. Mais le mythique Yankee Stadium.  Aucun MC n’avait poussé le curseur jusque-là. Pour cela, Jaÿ-Z est un peu le Lebron James du rap game : on peut débattre sur son talent mais pas de sa carrière. À 56 ans, en 2026, Hov ne défend pas que son héritage : il l’agrandit.

2. L’avant-match : le head nod, D-Nice et Paroles Veritables.

12 juillet 2026. New York. J’atterris à Newark à 11 heures du matin. Le temps de foncer à mon hôtel à Manhattan près de la 42 th, de me doucher et de souffler, il faut déjà repartir. Ce soir, c’est la troisième et dernière date : Extra Innings.

Dans l’ascenseur qui me descend vers le lobby, je croise un gentleman qui me gratifie du black man head nod — cette tradition de reconnaissance silencieuse entre nous qui, malheureusement, n’a pas traversé l’Atlantique. Il me lance : « Tu vas au concert ce soir, n’est-ce pas ? » J’acquiesce. Je lui demande s’il prend la voiture. « Hell no », lâche-t-il avec un sourire. J’ai quand même regardé sur Uber : 70 dollars…. Je vais calmement suivre le conseil avisé du gentleman : 42th Port Authority jusque Yankee Stadium c’est direct avec la ligne D, 30 minutes et 3 dollars.

Quand je débarque à 19 heures, les Gates 4 et 6 sont déjà noires de monde. Aucun problème (pour l’instant). Je m’engouffre dans la file, je présente mon téléphone avec les billets digitaux, et en quinze minutes montre en main, j’entre dans le saint des saints. Alléluia !

L’ immense Yankees Stadium (cinquième plus grand de toute la ligue de baseball américaine) pour l’occasion a été transformé en festival à la gloire du label Roc Nation et son boss Jaÿ-Z. Quel symbole de voir flotter au dessus du stade les drapeaux noirs Roc Nation et les logos de sa marque Paper Planes. Dès l’entrée et à chaque étage du stade, des stands vendent du merch (60 dollars le t-shirt, 80 dollars la casquette, 120 dollars le sweat et plus de 300 pour le maillot de baseball) à la gloire des albums Reasonnable Doubt qui fête les 30 ans, Blueprint 1 sorti en 2001 et Extra Innings la troisième date. Le fan de Jaÿ en redemande et n’est pas avare : il y a des files monstres devant ces guichets et tout le monde semble heureux de payer. Ce n’est pas le pays du capitalisme pour rien…

DJ D-NICE set 12/07/2026

Enfin installé tout en haut du stade — là où les places sont les moins chères mais la vue imprenable — je peux savourer le warm-up de DJ D-Nice. Ancien membre de Boogie Down Productions (écoutez son poignant entretien dans le Combat Jack Show ), l’homme s’est réinventé pendant le Covid avec ses sessions Club Quarantine qui ont soigné l’Amérique confinée. Ce soir, il déroule son set signature : un fin mélange de classiques et de hip-hop vintage. Cerise sur le gâteau il conclut par son titre le plus connu, « Call Me D-Nice ».

Enfin, true story, juste avant de m’asseoir j’ai croisé mes deux camarades de Paroles Véritables. Pour ces fans de Hov comme moi et au vue les deux dates précédentes : on SAIT que l’on va se régaler. Seule petite alerte : Boug Arknow me raconte que le premier soir, une bagarre à l’entrée l’a empêché de rentrer et lui fait rater le passage de Nasir Jones. Damn.

3. Le retard.

Au baseball, les « extra innings » désignent les manches jouées au-delà de la limite réglementaire : ce sont les prolongations. Après la fin du set de D-Nice on a eu droit aux prolongations….mais avant le show ! Assis haut perché dans les gradins je patiente jusque 21h. Rien. 22h. Toujours rien. Le sourire de mes voisins de perchoirs a disparu. 23h. Ils huent. Pire, la sono balance Gangsta Paradise de Coolio. ça ne sent pas bon….Au même moment les réseaux sociaux s’emballent. Les rumeurs circulent, complètement folles comme la présence d’Obama et des services secrets…. L’organisation voudrait fermer plus tôt et la police invoquerait des normes de sécurité non respectées….

Les faits ? De nombreux fans se plaignent d’être bloqués dehors. Parmi eux des joueurs NBA, des acteurs, des artistes comme A$AP Rocky et Riri. Woaw. La version officielle tombera plus tard : selon le communiqué conjoint des Yankees, de Roc Nation et de Live Nation, « des centaines de personnes sans billets ont pris d’assaut les entrées, forçant certains points de contrôle et provoquant le verrouillage du stade par la NYPD. » La version officieuse c’est que selon certains, le personnel du Yankees Stadium a très mal géré l’attente des fans. Ceux-ci exaspérés (et avec leurs places !) auraient décidé de rentrer. Bref.

Finalement Hov’ montera sur scène à 00h20 : plus de quatre heures après l’horaire annoncé. Petite parenthèse savoureuse, Koffi Olomid, connu pour ses libertés avec les horaires le même jour se présentait au Stade Roi Baudouin à Bruxelles et lui n »était pas en retard. Comme quoi…. Bref. Après son entrée sur l’intro Dynasty, Shawn Carter va présenter ses excuses au public et nous donner l’explication. Dix mille personnes dehors, une porte forcée, et pas question de lancer la musique au risque de voir des gens se faire piétiner. Bon. Un artiste qui choisit la prudence plutôt que le spectacle c’est respectable. L’attente, plus le décalage horaire et la fatigue ont failli faire disparaitre mon enthousiasme. Hov’ a rassuré le public en riant : « j’espère que vous n’êtes pas fatigué on va être là jusque 5 heures du matin. »

4. Master Of Ceremony. Littéralement.

Extra Innings, le titre de la soirée, n’aura jamais été aussi littéral ! Hov va nous donner quarante-quatre morceaux enchaînés de minuit passé jusqu’à presque trois heures du matin ! 44 !!

Il démarre sur les chapeaux de roue avec « Brooklyn’s Finest » (produit par le regretté DJ Clark Kent) le duel de poids lourds avec sur l’écran des images du fantôme de Biggie, suivi du rugueux et classique « Where I’m From » enchaîné au sautillant « Dirt Off Your Shoulder» mais Hov les récite d’un même souffle. Le débit mitraillette de « Nigga What, Nigga Who », exercice de haute voltige que des rappeurs de 25 ans refuseraient de tenter en live, exécuté sans ciller. La confession à nu de « Song Cry », l’arrogance de « U Don’t Know », le « Dead Presidents » et le « Can I Live »…Ce soir on explore et redécouvre tout le catalogue de Big Jaÿ.

Durant trois heures, chaque mot, chaque syllabe est posé, sans play-back, sans triche. Faire comprendre et entendre clairement les morceaux dans un stade de 45 000 places est un vrai tour de force. Le breath control de Jaÿ-Z (à 56 ans !) est vraiment impressionnant. Il déroule à l’aise et sans forcer réinterpréte ses titres les plus techniques. En terme de performance, il est également dans le top 5. Limite top 3 avec seulement au dessus de lui l’intouchable Busta Rhymes et à égalité Black Thought le métronome des Roots et Method Man du Wu.

5. Des invités d’élite… inaudibles.

Jaÿ ce troisième soir a convié 12 artistes sur scène. On vous le dit d’emblée excepté son épouse Beyoncé Giselle Knowles Carter (et peut-être Usher sur Heart Of The City) les performances n’étaient pas au niveau. Attention, j’étais évidemment ravi de voir par exemple Jermaine Dupri pour Money Ain’t A Thing Jeezy sur Seen it All. ou Clipse, Fat Joe et Jada. Rihanna sur « Run This Town » pour sa première apparition publique en trois ans ? KO. Clipse, pourtant des MC d’élite ? Inaudibles. Teyana Taylor ? Catastrophique ! Soyons honnêtes : à part Mary J. Blige et Queen Bey, personne ne peut toucher « Can’t Knock the Hustle ». Bref, le plus important, le patron, lui, est resté impeccable du premier au dernier morceau.

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Comments (

1

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  1. cpasdelacom

    DJ Clark Kent, on aime bien 😂😂😂😂

    Super le résumé !!!

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